Chronique européenne du 081211 : le retour du fascisme en Europe passera-t-il par les banques ?

En réaction au propos du compositeur grec Mikis THEODORAKIS à travers un article du webmedia legrandsoir.info, je vous livre ma dernière chronique européenne d’actualité, agréant le constat et les enjeux qui sont observés mais faisant un contrepoint sur la solution évoquée : ZOOM0032

Ma chronique incluant quelques liens, je vous en copie ci-après le texte (recommandant de lire l’article du grandsoir.info auparavant, puisque ma chronique lui répond) :

Un article du 04 novembre dernier sur le webmedialegrandsoir.info évoque le placement de la Grèce sous tutelle de la Troïka, la répression des manifestations par l’État afin de rassurer les marchés, le renflouement des groupes financiers par l’Union Européenne et l’exhortation par le compositeur grec Mikis THEODORAKIS envers ses concitoyens à combattre, mettant en garde « les peuples d’Europe » contre le danger de retour du fascisme par l’action des banques. Réaction, approbation du constat et contrepoint sur la solution possible.

Les gouvernements, d’une façon générale, ne pèsent pas sur les marchés. Pas plus la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande ou l’Islande, ou encore l’Italie, la France, l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique (quand il y a un gouvernement …), que le Japon, la Chine, la Russie ou les États-Unis … et je ne parle évidemment pas des pays du sud !! Les gouvernements sont de taille micro-biotique face aux marchés. Le dernier sauvetage des banques – payé par le contribuable – a simplement permis de remettre à flots les banques les plus exposées, celles-là mêmes par lesquelles est apparue la crise qui éclata en 2008 (et dans laquelle nous sommes toujours). Encore que la France doit être consciente que le plus dur n’est pas derrière elle, en raison du nombre important de ses barrières de protection qui crée un effet à retardement, ce qui peut être un atout, mais ne protège pas davantage les Français que les citoyens d’autres pays.

Remplacer le système (ou le modèle) économique actuel ne consiste à mon avis pas à valoriser le schéma offre/demande, puisque c’est là la base du système capitaliste fondamental. Le protectionnisme n’est pas a fortiori la panacée … car il découle d’une politique économique appliquée, et non pas d’un cadre politique moral. Le Droit institutionnel, voilà l’arme ! cf. le discours de Muhammad YUNUS, le bengali fondateur de la Grameen Bank, lorsqu’il reçoit le Prix Nobel de la Paix. Je le dirai avec mes mots, mais l’idée développée par YUNUS est, en substance, celle-ci : la pauvreté n’est pas un phénomène naturel. Ce sont les institutions dont nous nous dotons qui la créent. S’il existe des pauvres, c’est parce que nous le voulons bien.

Ainsi, du propos de THEODORAKIS, approuvai-je le constat mais je suis plus circonspect sur la méthode et les moyens accessibles.

C’est, en Europe, la solidarité qui apportera la stabilité. « Un pour tous, tous pour un », en quelque-sorte ! La devise de l’Union est « Unis dans la diversité ». Sommes-nous unis, en Europe !? Rien n’est moins sûr, que ce soit en matière stratégique et diplomatique, économique, sociale, politique, énergétique … La voie qui est la mienne est celle d’une construction fédéraliste, basée sur les trois principes fondateurs de la pensée fédéraliste : subsidiarité, suppléance et péréquation. Cette solution, si elle a connu une grande traversée du désert, commence à surgir de nouveau dans les esprits … le contexte aidant.

L’évocation du risque fort de retour du fascisme évoqué par THEODORAKIS est intéressant, dans la mesure ou l’on peut constater la force des nationalismes « durs » en Europe. C’est pourquoi le pacifisme qu’il appelle de ses vœux est quelque-chose de fragile. Pour ma part, et c’est Jean-Luc MELENCHON qui le dit parfaitement clairement en France, l’Europe de la Paix, c’est un bel idéal mais il est d’une naïveté (hors-du-commun, aimerais-je dire ! Hélas, si répandue que je la qualifierai plutôt d’extraordinaire) que de croire que l’Europe de la paix est quelque-chose d’avéré depuis 1945 ! Ce serait nier les vérités qui se sont déroulées en Yougoslavie (pour m’y être rendu en 1996 avec un statut officiel quoique discret …), ou encore en Irlande du Nord ! Concédons au premier exemple un statut particulier dans la mesure où l’ARYM ni aucun autre pays de l’ancienne Yougoslavie, Croatie mise à part depuis peu, ne fait pas partie de l’UE, mais l’Irlande et le Royaume-Uni sont l’une et l’autre bel et bien membres de l’Union. Alors le discours schumanisant de la paix retrouvée entre les pays européens depuis WWII, pardon, mais je me gausse …

La menace est réelle, mais il ne faut pas dramatiser. Ce serait sombrer dans unpathos qui n’appartient qu’aux naïfs (certes sont-ils majoritaires mais, quoique démocrate, je ne suis convaincu d’aucune manière que la voix de la majorité est forcément celle de la raison …), et qui ne servirait que des intérêts fascisants par une instauration de la peur, soit une forme déjà ancienne de terrorisme.

Enfin, laissons Platon, Aristote, Périclès et Protagoras là où ils sont, puisque si leurs pensées nous sont restituées aujourd’hui encore, l’invocation de leurs noms ne nous apporte pas de solution moderne. Ne confondons pas cheminement de la pensée avec aboutissement et concrétisation, adaptation et application des préceptes.

Oui, les États doivent s’imposer aux marchés ! Oui, la solution es politique avant que d’être économique ! Oui, les citoyens doivent affirmer leur autorité sur les actionnaires ! Et oui, la Démocratie doit prévaloir sur le Capital ! Et oui encore, il nous faut bâtir une Europe nouvelle ! Car l’Europe n’est pas en mesure, à ce jour, de faire face à la crise de façon à garantir une prospérité solidaire, ni en son sein ni dans sa politique de co-développement, et ni dans le champ économique ni dans le champ politique ! Je vous renvoie volontiers à ce sujet vers ma dernière chronique européenne, quoique le sujet en était légèrement différent (encore que …) …

J’en reste intimement convaincu : il n’est de problème humain qui n’ait de solution humaine. La solution doit être politique, car il existe une solution politique (la constitution d’une fédération européenne) et car elle se doit d’être politique avant que d’être économique.

Cette chronique, copiée depuis stradefibis.com, est intégrée à l’édition des Chroniques du Ton Libre du 08 décembre 2011 : em_chroniques_dutonlibre_08_12_2011

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